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Débuter le shibari quand on n'a jamais touché une corde

7 min de lectureMis à jour le

La plupart des personnes qui arrivent chez moi n'ont jamais touché une corde. Vraiment jamais. Et la question qui revient, c'est : par où on commence, sans faire n'importe quoi ?

C'est contre-intuitif, et c'est pourtant l'ordre qui fait tout. Avant le premier tour de corde, il y a une conversation : ce dont on a envie, ce dont on n'a pas envie, ce qui se passe si l'un des deux veut arrêter, comment on le dit. Cette conversation prend cinq minutes et elle change absolument tout ce qui suit.

Les personnes qui sautent cette étape se retrouvent, quinze minutes plus tard, à ne pas oser dire que ça tire dans l'épaule. Et une gêne qu'on n'ose pas dire est exactement ce qu'on veut éviter.

Ensuite viennent les choses qu'il faut savoir avant de poser quoi que ce soit sur quelqu'un. Je ne les détaille pas ici, parce qu'elles se transmettent mal par écrit et qu'un repère mal compris est pire qu'un repère absent. Mais voilà à quoi elles ressemblent.

  • Où la corde ne se pose pas, parce que des nerfs passent juste sous la peau et qu'une compression prolongée peut laisser des séquelles.
  • Comment vérifier régulièrement que la personne attachée va bien, et quels signaux ne se discutent pas : fourmillements, perte de force, main froide.
  • Comment défaire vite. Une paire de ciseaux de sécurité à portée de main, toujours, et le réflexe de couper sans hésiter plutôt que de dénouer proprement.
  • Ce qu'on ne fait pas seule, jamais : rien autour du cou, aucune suspension, et aucune position qu'on ne saurait pas défaire en quelques secondes.

Une fois le cadre posé et les repères acquis, la technique de base est étonnamment courte. Quelques structures fondamentales reviennent partout, et les apprendre proprement vaut mieux que d'en collectionner vingt approximativement.

L'écueil classique, à ce stade, c'est la course aux figures. On voit passer une image spectaculaire, on veut la refaire, et on saute quinze étapes. Ça donne des cordes qui tiennent mal, des tensions mal réparties, et une confiance mal placée dans son propre niveau.

Je vais être honnête, et pas seulement parce que c'est mon métier : les vidéos gratuites suffisent pour comprendre à quoi ça ressemble, et ne suffisent pas pour apprendre à le faire.

La raison est simple. Personne ne peut te dire, depuis un écran, que ta corde est trop serrée de trois millimètres, que ton appui est deux centimètres trop haut, ou que la personne en face de toi vient de changer de respiration. Ce sont exactement les choses qui comptent, et ce sont exactement celles qu'un tutoriel ne voit pas.

Si tu veux commencer seule malgré tout, fais-le sur toi. L'autoshibari, sur une jambe ou un avant-bras, te fait sentir directement ce que tu produis. C'est le seul terrain d'apprentissage où la personne qui subit tes erreurs est aussi celle qui peut les corriger tout de suite.

  • Serrer pour que ça tienne. Une corde bien placée tient sans serrer. Si tu dois serrer, c'est le placement qui ne va pas.
  • Ne pas parler pendant. Le silence total est une belle idée en photo et une mauvaise idée en pratique tant qu'on n'a pas des années de lecture du corps derrière soi.
  • Enchaîner sans retour. Ce qui se passe après, quand les cordes sont retirées, fait partie de la séance. On ne range pas ses cordes et on ne passe pas à autre chose.