Le consentement dans la corde, concrètement
6 min de lectureMis à jour le par Messalina
Tout le monde est d'accord sur le principe, et presque personne ne sait à quoi il ressemble en pratique. Voilà ce que ça donne dans une vraie séance, avec les phrases qu'on dit vraiment.
Avant : une conversation, pas une case à cocher
Un consentement utile est précis. « Ça te va ? » ne donne aucune information exploitable. Ce qui en donne, ce sont des questions qui appellent autre chose qu'un oui poli.
- Est-ce qu'il y a des zones que tu préfères que j'évite ? Des blessures anciennes, une épaule qui sort, un poignet fragile ?
- Est-ce qu'il y a des choses qui te mettent mal à l'aise sans que tu saches pourquoi ? On n'a pas besoin de savoir pourquoi.
- Comment tu réagis quand tu es mal à l'aise ? Est-ce que tu le dis, ou est-ce que tu te tais et tu attends que ça passe ?
- Est-ce que tu veux que je te parle pendant, ou est-ce que le silence te va mieux ?
La dernière question est la plus importante
Beaucoup de gens, et surtout beaucoup de femmes, ont appris à ne pas déranger. Elles ne diront pas que ça tire. Elles attendront. Si tu sais ça d'avance, tu ne t'appuies plus sur le fait qu'elles parleront : tu vas chercher l'information toi-même.
C'est pour cette raison qu'un mot d'arrêt ne suffit pas. Un mot d'arrêt suppose que la personne va l'utiliser. Or les moments où elle en aurait le plus besoin sont exactement ceux où elle est le moins en état de le faire.
Pendant : vérifier sans casser l'instant
On peut vérifier sans transformer la séance en questionnaire. Faire bouger les doigts. Demander de serrer la main. Poser une question fermée qui appelle une réponse courte. Regarder la couleur des mains, la température, la respiration.
Et surtout : considérer qu'un silence n'est pas un oui. Si je n'ai pas de signal depuis un moment, je vais le chercher. Ce n'est pas de la méfiance, c'est mon travail.
Un oui qui peut se retirer
Un consentement donné au début ne couvre pas tout ce qui suit. Quelqu'un peut avoir dit oui de bon cœur, et vouloir arrêter dix minutes plus tard sans que rien de grave ne se soit produit. C'est normal, ça arrive, et ça ne demande aucune justification.
La seule réponse acceptable à un « je crois que je voudrais arrêter », c'est de s'arrêter. Pas de négocier, pas de demander pourquoi, pas de finir la structure d'abord parce qu'on y est presque.
Après : le retour compte autant
Retirer les cordes n'est pas la fin. Il y a un moment de retour, où on redescend, où on reprend contact avec le sol et avec la conversation ordinaire. Le bâcler laisse un goût étrange à une séance qui s'était pourtant bien passée.
Et il y a le lendemain. Un message pour savoir comment ça a été, une fois la nuit passée, dit plus sur la qualité d'un cadre que tout ce qui a été annoncé au début.