Le shibari, c'est quoi exactement ?
6 min de lectureMis à jour le par Messalina
C'est la question qu'on me pose le plus, et souvent à voix basse. Le mot circule beaucoup, presque toujours accolé à des images qui ne racontent qu'une partie minuscule de ce qu'il désigne. Alors reprenons depuis le début, calmement.
Une définition simple
Shibari veut dire « attacher » en japonais. Dans l'usage courant hors du Japon, le mot désigne un art du lien : on dispose des cordes sur un corps en suivant des lignes, des tensions et des appuis choisis. Ce qui compte n'est pas le nœud pour lui-même, c'est ce que l'ensemble dessine, et ce qu'il fait ressentir à la personne qui le porte.
Au Japon, on parle plus volontiers de kinbaku, littéralement « lier étroitement ». La distinction entre les deux mots occupe des débats entiers ; pour qui découvre, elle n'a aucune importance pratique. Retiens simplement que tu croiseras les deux.
D'où ça vient
Les racines habituellement citées remontent au hojojutsu, l'art martial japonais de l'entrave, utilisé pour immobiliser et transporter des prisonniers. On y trouve déjà l'idée d'un savoir codifié : quelles lignes, quels appuis, quel ordre.
Le passage de la contrainte à l'expression esthétique se fait beaucoup plus tard, au vingtième siècle, par le théâtre, la photographie et l'estampe. C'est de cette bascule que vient le shibari tel qu'on le pratique aujourd'hui : une forme qui a gardé une exigence technique héritée d'un usage sérieux, et qui l'a mise au service de quelque chose de tout autre.
Ce que ce n'est pas
C'est là que les malentendus se logent, et je préfère être franche.
- Ce n'est pas nécessairement sexuel. Beaucoup de gens le pratiquent sans aucune dimension érotique. Ce que je transmets, moi, ne l'est jamais : pas de nudité, pas de sexualité, pas d'ambiguïté.
- Ce n'est pas un rapport de domination. On peut en faire ça, comme on peut faire de la danse un rapport de pouvoir. Ce n'est ni obligatoire ni le plus courant.
- Ce n'est pas réservé aux corps souples, minces ou jeunes. La corde s'adapte au corps, jamais l'inverse.
- Ce n'est pas de la suspension. Les images spectaculaires qui circulent montrent une pratique avancée, qui demande des années et un encadrement sérieux. L'immense majorité du shibari se pratique au sol.
Alors qu'est-ce que les gens y cherchent ?
Des choses très différentes, et c'est ce qui rend la question passionnante. Certaines viennent pour l'esthétique pure : les lignes, les textures, ce que ça donne en photo. D'autres pour la sensation d'être contenue, portée, tenue par quelque chose de plus fiable que leur propre vigilance. D'autres encore pour le lien : ce qui se passe entre deux personnes quand l'une s'occupe de l'autre pendant une heure, sans téléphone et sans rôle à tenir.
Et beaucoup, en réalité, viennent pour un mélange des trois qu'elles n'arrivent pas encore à nommer. C'est très bien. On n'a pas besoin de savoir pourquoi on est attirée par quelque chose pour avoir le droit d'essayer.